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Le travail du deuil

En 1984, lorsque j’ai adhéré à Invitation à la Vie, une action m’a toujours portée, encouragée à persévérer et à espérer. Pour dépasser les épreuves, les difficultés du moment, je priais et prie toujours "pour toutes les personnes qui vivent la même chose que moi."

Bien sûr, parfois mon saboteur intérieur tente de me persuader de l’inutilité de ma démarche et critique mon côté Jeanne d’Arc toujours prête à sauver les âmes perdues. Mais le soulagement que m’ont procuré ces prières a eu raison de ce tentateur.

Aujourd’hui, je prie donc pour toutes les veuves et les familles en deuil.

Le deuil ou la douleur de la perte…

Dans nos sociétés de consommation où règne la loi du « tout – tout de suite », le travail de deuil demande une exigence intérieure. Il ne suffit pas de prier pour brûler les étapes. Encore une fois, il faut laisser du temps au temps, que l’âme poursuive son chemin de réparation à son rythme.

En ces périodes, la personne endeuillée est submergée par d’infinies émotions. A elle de veiller sur elle-même. A elle de prendre exemple sur Marie, notre mère universelle, pour entourer l’enfant blessé en elle de tendresse, consolation et compassion. A elle de prendre soin d’elle. Ce n’est qu’en nous aimant que nous pouvons aimer les autres et qu’une veuve peut ainsi mieux entourer sa progéniture, sa famille et aussi recevoir le réconfort de ses amis.

Aujourd’hui, le travail de deuil est régi par les lois matérielles, les contraintes financières, les démarches administratives qui en rajoutent dans l’incertitude et l’insécurité morale.

Quoiqu’il en soit, il y a avant tout le cheminement de l’âme qui vient de vivre une perte : 

- le pardon que nous devons nous faire à nous-même pour balayer l’éventuel remords de ne pas avoir assez dit ou montré à celui qui est parti combien nous l’aimions...
- Le pardon que nous devons faire au défunt suite à son abandon,
- l’acceptation du choc de son départ,
- la mise en lumière du déni de cette mort,
- la transcendance de la colère que cet abandon provoque,
- l’acceptation de voir les rêves, les projets d’avenir brisés,
- l’acceptation d’une nouvelle solitude en se préservant de l’isolement…

Le moyen d'exprimer l'inacceptable 

Tout cela, je le résumerai en un mot : émotion. Que d’émotions !

En quelques mois, quelques secondes… la vie s’écroule. Pour notre famille, notre existence a basculé en une semaine. Le 8 septembre, mon mari n’avait rien, le 15, j’apprenais qu’il souffrait d’un mal incurable. Certaines familles ne bénéficient d’aucun délai : un accident de voiture, un crash d’avion et le sort en est joué.

Alors, oui, les émotions… Laissons-les-nous pénétrer, nous traverser… Vivons-les. Ne les nions pas, sinon elles reviendront décuplées comme un raz-de- marée, nous conduisant au burn-out ou à ce que les Français nomment communément au "pétage de plombs". C’est pour cela, par exemple, que des psychologues conseillent à certains de ne pas prendre de grandes décisions pendant un deuil…

Acceptons donc ces émotions comme le moyen d’exprimer l’inacceptable.
Les pleurs peuvent engendrer des rires.
Comme le dit le dicton anglais : "L’âme n’aurait pas d’arc-en-ciel si les yeux n’avaient pas de larmes…"
Guérir du deuil, c’est accepter de ressentir toutes ces émotions.
C’est accepter de laisser l’être aimé partir, de le savoir heureux, même si ça ne console pas – encore…

Combien de fois depuis son décès ai-je envie de dire que ma solitude commençait à deux pas de lui ?
Et pourtant, j’avance vers une nouvelle vérité : celle de ne plus être seule dans ma solitude mais celle d’être habitée par la Présence du divin – encore plus qu’avant et, surtout, avec plus de conscience qu’avant.

J’avance pour respirer et espérer de nouveau à vivre – autrement, une nouvelle vie.
J’avance. Peu importe le temps. Simplement dans la certitude d’avancer et de me savoir aimée. Juste dans l’instant.

Bientôt prête à recevoir l’héritage du défunt : les qualités, les grâces, les valeurs qui ont composé celui qui est parti. Prête à faire vivre en moi ce qu’il m’a enseigné, transmis, partagé, lors de notre vie de commune, sa générosité, sa tendresse, son humour…
Prête à le faire vivre en moi, tout en continuant de vivre pour moi.
Prête à le faire vivre en moi pour le diffuser à nos enfants afin que cet héritage continue de vivre en eux.

Ainsi va la vie !

Albertine